Gestion de la sacherie export - Le flou entre le Conseil coton-anacarde et l’Association des exportateurs qui coûte un gouffre financier

Jeudi 04 Mars 2021

Dans la gestion de la sacherie export, le conseil coton-anacarde et l’Association des exportateurs de la noix de cajou de Côte d’Ivoire (AEC-CI) se marchent dessus sans jamais se jeter la pierre, dans une orchestration harmonieuse qui laisse voir un système bien huilé. Mais, hélas, un système qui n’a rien de transparent dans les faits et qui se donne les moyens pour réduire à néant tous ceux – opérateurs ou autres acteurs de la filière - qui osent élever la voix pour dénoncer des magouilles et injustices dont ils sont victimes. Les reproches ne manquent pas : mauvaise gouvernance, absence de bilan depuis des années, soupçons de détournement de fonds portant sur des montants allant jusqu’à 5 à 6 milliards Fcfa, soupçon de collision entre le régulateur et l’AEC-CI à travers les différents responsables, etc.

Commander moins cher, pour enrichir un groupuscule

En effet, l’association des exportateurs, dans ses statuts, prévoit la mutualisation d’un certain nombre d’activités. Cela consiste, pour l’AEC-CI, à mettre ensemble et à mener des activités qui sont dévolues aux exportateurs pris individuellement. Ce qui permet par exemple de faire des commandes de gros volumes, donc à moindre coût. Ainsi, au nombre des activités mutualisées se trouve l’acquisition de la sacherie export, notamment des échantillons d’analyse. La  gestion de la sacherie export relevant de la compétence de l’exportateur, l’AEC-CI a monté un dossier afin de faire des commandes groupées auprès de Filtisac ou autres fournisseurs. « La Côte d’Ivoire exporte autour de 8 à 8,5 millions de sacs par an. Si on paie un sac à 800 Fcfa, cela donne 6,4 à  6,8 milliards Fcfa par an. Des montants importants. Mais quand on se met ensemble, on arrive à commander à moindre coût. Comme les fonds sont énormes et que le régulateur se porte garant de la qualité des sacs qui iront à l’export, parce qu’il y va de l’image de la Côte d’Ivoire, alors la mutualisation a été faite sous l’égide du régulateur », explique un opérateur rencontré à ses bureaux, mais qui choisit de garder l’anonymat, de peur de subir les foudres du président de l’AECI-CI et ses acolytes dont la filière est réduite à être leur chasse gardée.

La question de la sacherie export a fait couler beaucoup d’encre et de salive en 2016. L’affaire s‘est même retrouvée sur la table de la Haute autorité de la bonne gouvernance et avait coûté son poste à l’ancien directeur général du conseil du coton-anacarde. Une décision avait alors été prise qu’un compte commun soit créé pour la gestion de la sacherie. Ce compte est géré normalement par le directeur général du conseil du coton-anacarde et par le président de l’Association des exportateurs de cajou de Côte d’Ivoire (AEC-CI). De sorte que lorsque les commandes sont faites, l’opération consistant à faire venir les sacs puis à les distribuer aux exportateurs, au moment de l’exportation, l’exportateur paie chaque sac au kilogramme, à raison de 10 Fcfa par kg. Pour un sac de 80 Kg, cela donne bien 800 Fcfa par sac. Ces fonds sont collectés à travers des chèques émis par les exportateurs au guichet unique et déposés sur un compte commun dont seuls le DG du conseil coton-anacarde et le président de l’AEC-CI ont signature.

 

Aucun bilan depuis le début de l’opération

Seulement, depuis le début des opérations sur ce compte jusqu’à ce jour, cela fait cinq ans déjà, s’indignent des acteurs de la filière que nous avons rencontrés, aucun bilan de la gestion n’a été fait aux exportateurs, alors qu’il est une obligation pour ceux qui gèrent cette activité de leur rendre compte chaque année. « Quand on se met ensemble pour mettre nos biens en commun, et que c’est vous qui gérez cette activité, qu’il y ait des textes ou pas, vous me devez un compte rendu de gestion. Il y a une convention entre le Conseil et l’AEC-CI qui détaille les conditions et le mode opératoire. Mais quand on finit, si OLAM par exemple devrait commander des sacs, à la fin de l’année, cette société qui a un budget affecté aura un bilan de la sacherie. A partir du moment où la gestion de la sacherie export est délocalisée auprès de l’AEC-CI, cette entité qui fait de grosses commandes – et parce que tous savent plus ou moins les avantages liés à cela – doit rendre compte à tous les exportateurs. S’il y a des excédents, ces montants devrait bénéficier à la corporation », souligne un autre exportateur.

Cette pratique qui relève de la mauvaise gouvernance cache certainement des choses pas très catholiques que les exportateurs se battent aujourd’hui pour mettre au grand jour. Ils font remarquer qu’avec la mutualisation de la sacherie export, en 2016, à l’issue de la campagne de commercialisation de 2015, il y avait dans le compte dédié une somme de 1,178 milliard Fcfa.  Un excédent énorme donc. « Faisons fi de ce chiffre, et supposons qu’il y a un excédent d’un milliard Fcfa par an, alors on devrait se retrouver aujourd’hui avec un fonds d’au moins 6 milliards à l’actif des exportateurs à qui on doit rendre compte de l’utilisation de ces fonds et qui devraient pouvoir décider de ce qu’il faut en faire », interpellent-ils. En 2016 déjà, l’affaire avait fait grand bruit et l’audit avait montré qu’il avait été trouvé sur ce compte qui contenait 1,178 milliard une somme de 200 Fcfa. Cela avait couté le départ de l’ancien directeur général du conseil coton-anacarde. Mais apparemment, les pratiques n’ont pas changé. Pis, cinq ans après, ses tenants sont devenus si costauds, vachement enrichis, qu’ils peuvent écraser les autres exportateurs sans sourciller. « Finalement, où sont les 1,1178 milliard Fcfa ? Et si l’on considère que chaque année l’opération sacherie rapporte au moins un milliard Fcfa, on doit être à 5 milliards Fcfa  voire plus depuis que l’actuel DG est en place. Ont-ils rendu compte aux exportateurs ? Non ! »,  accuse l’un de nos interlocuteurs, choqué face au silence du régulateur sur la question, au motif qu’il s’agit d’une association de droit privé.

Un déficit d’un milliard, à la charge de qui ?

Toujours au sujet de la sacherie export, révèle un énième acteur de la filière qui s’est confié à Minutes Eco,  il y a quelque temps, Filtisac réclamait un montant d’un milliard à l’Association. Celle-ci rétorque que c’est le conseil qui doit traiter le dossier. Le conseil, à son tour, renvoie la balle à l’association. En plein dans un match de ping-pong, sauf que là ce sont des milliards de Fcfa qui sont en jeu. Il en est ainsi, invariablement, quand des opérateurs prennent leur courage pour  demander le bilan de la sacherie export au président de l’association. « Il répond que c’est le conseil coton anacarde qui gère la sacherie, et que c’est le conseil qui doit rendre compte. Et lorsqu’on se tourne vers le conseil, ses responsables disent que la gestion de la sacherie est une activité de l’association à laquelle il revient de rendre compte. Les deux structures se jettent donc la balle mais aucune ne veut prendre ses responsabilités, même pas le régulateur qui est censé veiller à la bonne gouvernance dans la filière », déplorent nos informateurs.  De fait, la gestion de la sacherie export est effectivement du ressort de l’association. « Cette opération n’apparait donc pas dans les comptes du conseil. Elle est gérée à travers un compte commun mais c’est une activité extra comptable par rapport à la comptabilité du conseil, puisqu’il s’agit d’une association de privés. Seulement quand vous allez à l’AEC-CI, il n y a pas de trace de ces fonds. Le président vous dira, à chaque fois, adressez-vous au conseil », soutient un exportateur qui en a gros sur le cœur.

Selon lui, le conseiller technique du conseil coton-anacarde, M.Kla, et le président du comité sacherie export, M. Simplice Gué en savent beaucoup. Nommés officiellement à des postes de responsabilités au niveau du comité, ils ne le sont que de nom. « Ils sont juste dans l’opérationnel. Ce n’est permis à personne de fourrer son nez  dans cette affaire, afin d’éviter les fuites », souligne le membre actif de l’AEC-CI. Si les deux responsables en question s’avisaient à dire la vérité sur l’opération, il est clair, note-t-il, que cela leur coûter leurs postes. Tout le monde se tait donc et assiste. Tous impuissants devant le système. Sur toutes ces questions, nous n’avons pu recueillir de vive voix la réaction des mis en cause auxquels des questionnaires ont finalement été envoyés par SMS ou WhatApps, dans l’impossibilité de les avoir.  Interrogé par d’autres médias, le président de l’AEC-CI a affirmé a répondu invariablement qu’il n y a « aucun problème » au sein de l’association. Quand le directeur général du conseil du coton-anacarde s’est limité à dire que l’AEC-CI étant une association de privés, les questions relatives à sa gestion ne peuvent être de son ressort.

Emmanuel Akani


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