Hiré - Les populations riveraines de la mine d’or d’Agbahou exigent relocalisation et dédommagements

Samedi 11 Novembre 2017 / En janvier 2014, est inauguré à Agbaou-Ahéoua,une localité du sud de la Côte d'Ivoire, la quatrième mine d’or du pays. Ph: DR

A Hiré, dans la région du Loh Djiboua, des sociétés minières étrangères dont Newcrest et Endeavour exploitent respectivement les gisements d’or de Bonikro et d'Agbaou. Mais la cohabitation avec les populations riveraines est difficile. C’est le cas pour la compagnie canadienne Endeavour, qui a souvent maille à partir avec les populations environnantes de ses installations.

 

Tout commence dès l'installation de l’entreprise canadienne en 2012 sur le site d'Agbaou. Quatrième mine d'or après celle de Ity, Tongon et Bonikro, le site d’Agbaou est concédé à Endeavour pour un investissement de 80 milliards. Avec un gisement de 35 tonnes d’une durée d'exploitation de 10 ans à raison de 3 tonnes par an, Endeavour dit offrir plus 700 emplois dont 200 liés directement à la mine. Ce qui devrait réjouir les populations. Le constat est pourtant amer. La cohabitation est difficile, meublé de conflits permanents.

Les populations se plaignent d’être victimes d'abus de l’entreprise canadienne avec la complicité de certaines autorités administratives de la zone. Elles se font d’ailleurs entendre régulièrement par le biais d’Ahounkpé Agnéza Joseph, natif de Zego et propriétaire de terres occupées par Endeavour. La compagnie minière, se plaignent les populations, refusent de dédommager les propriétaires terriens et de procéder à la compensation des cultures, au mépris de l'article 127 de la loi n°2014-138 mars 2014 portant code minier.

Installée dans la zone d'Agbaou en 2012, et ayant démarré l’extraction de l'or en 2013, la société aurait prétexté du permis d'exploitation pour se dérober à ses obligations vis-à-vis des populations. C'est donc avec consternation qu’Ahoukpé Agneza Joseph et sa famille ont vu les responsables de la mine s'approprier leurs parcelles de terre sans aucune forme de procès. Un mois après, les responsables de Endeavour, conduits par le docteur Goh Denis, directeur des relations communautaires à la mine d'or d'Agbaou, rencontrent les populations. La société voulait occuper une autre partie des terres. Les populations s’y opposent et saisissent de la situation le sous préfet de Hiré, Ahui  Benjamin, puis le préfet de région d’alors, Kpandro Joseph.

Comme compensation, il était proposé aux propriétaires terriens la somme de 200.000 francs à l’hectare. Une proposition rejetée par les populations. Toutes les propositions faites par la communauté par le biais d’un avocat commis pour défendre ses intérêts sont balayées du revers de la main. Les propriétaires terriens qui disposaient de 200 hectares, document du cadastre à l’appui, se retrouvent finalement avec moins de 20 hectares après la délimitation effectuée par le topographe de l’entreprise, en lieu et place d’un géomètre indépendant. Pis, la société est accusée d’avoir plutôt suscité des divisions au sein des populations pour faire main basse sur les terres.

 

Pollution des sites et plantations situés dans le périmètre de la mine ?

En dehors de des questions pécuniaires, les villages aux alentours de la mine d’or d’Agbaou dénoncent des problèmes à la fois de santé et environnementaux. C’est que le parc à cyanure de Endeavour est à moins de 2 mètres des plantations, contrairement à Newcrest qui a laissé un espace de 100 hectares entre son parc et les premières plantations des populations. Endeavour occupe, se plaignent les accusateurs, une zone où sont installées des plantations et ne prend aucune précaution pour préserver la santé et le bien-être des populations.

« Si vous allez dans nos champs qui sont au sein de la mine, vous allez voir les canaux de ce produit longés les champs. Quand on rentre les soirs, nos yeux, notre peau nous démangent. On ressent des douleurs, des courbatures du fait de l'inhalation de ce produit", se plaint Bouazo Ouguignon. Ainsi, la santé des populations est menacée, les risques de contamination des produits vivriers vendus élevés.

Les populations dénoncent aussi le stockage aux abords des champs de caisses de dynamite servant à faire exploser les massifs. Les fortes détonations affectent leur santé, surtout les enfants fortement exposés à des problèmes d’audition. C’est pourquoi elles exigent la relocalisation de leurs villages comme le prévoit le code minier. Aussi ces populations s'interrogent-elles sur le silence des autorités dans cette affaire qui dure depuis des années.

 

La compagnie minière canadienne rejette les accusations

Les populations d’Agbaou, Zego et autres villages environnants de la mine accusent le docteur Goh Denis, directeur des relations communautaires d’Endeavour, d’être à la base de ces problèmes. Mais pour l’enseignant de l'université Félix Houphouët Boigny, il n'existerait pas de véritable problème avec les populations. Depuis l'installation de la société en 2012 dans la zone, plus de 1053 personnes qui ont été compensées du fait de l'occupation de leurs terres et de la destruction de leur culture.

«  La loi encadre la compensation des terres et des cultures. C’est une procédure dans laquelle sont impliquées les autorités administratives et les responsables techniques de l'administration. Toutes nos activités de compensation sont faites avec les agents de l'agriculture pour l'évaluation. Les fiches d'inventaire sont contresignées par le paysan, les agents du ministère et nous. Si le paysan conteste l'évaluation faite, il ne signe pas et la fiche est caduque. Après, les montants sont calculés conformément à la fiche d'évaluation et les montants payés par rapport à ça. Les montants sont variables en fonction de ce qui est détruit », a précisé Dr Doh.

Mieux, de 200 000 Fcfa avec l’arrêté préfectoral signé en 2012, le coût de l’indemnisation par hectare est passé à 500 000 Fcfa. Et un comité d’indemnisation a été mis sur pied, explique-t-il, pour veiller à ce que les intérêts de tous soient respectés.

Concernant les questions de pollution, Dr Doh estime que l'agence nationale de l'environnement et le CIAPOL étaient les mieux placés pour savoir si les sols sont pollués. Ces structures, révèle l’universitaire, effectuent régulièrement des visites sur les sites.  Ces accusations de pollution ont été l’objet d’une rencontre le 15 septembre dernier avec les plaignants,  en présence de la direction générale des mines et de la géologie. Les plaignants n’ont pu, fait-il remarquer, donner les preuves que des terres et cultures étaient polluées.

 

Nesta Devinci, envoyé spécial à Hiré


Source: Minutes Eco

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Alain Kouadio a toujours fait de l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire son cheval de bataille. Il a occupé les fonctions d’Administrateur et Vice-président (de 2013 à 2017) de la Confédération des Grandes Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) en charge de la stratégie de l’Entrepren... Lire la suite Voir plus


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