Violence et harcèlement au travail : une étude de l’OIT dévoile une réalité préoccupante en Afrique de l’Ouest

Tuesday 10 March 2026

La violence et le harcèlement dans le monde du travail constituent une réalité largement répandue mais trop souvent invisible et sous-estimée. L’Organisation internationale du Travail (OIT) a mené entre 2022 et 2024 une vaste enquête au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal afin de mesurer l’ampleur du phénomène, d’en identifier les formes et d’en analyser les conséquences. Les résultats, rendus publics le 10 mars 2026 lors d’une conférence de presse virtuelle organisée par le bureau Afrique de l’OIT, dressent un constat préoccupant.

Selon l’étude, une majorité de travailleurs a déjà été confrontée à des situations de violence ou de harcèlement au cours de sa vie professionnelle : 65 % au Sénégal, 58 % en Côte d’Ivoire et 43 % au Burkina Faso. La violence psychologique apparaît comme la plus répandue, touchant plus d’un salarié sur deux dans certains pays. La violence physique, bien que moins fréquente, reste significative, tandis que le harcèlement sexuel affecte particulièrement les femmes, avec des taux allant de 11 % au Burkina Faso à 20 % en Côte d’Ivoire.

Les différences de genre sont marquées. Les hommes sont davantage exposés à la violence physique, souvent exercée par des supérieurs ou des collègues, alors que les femmes subissent plus fréquemment le harcèlement sexuel, généralement de la part de tiers tels que des clients ou des usagers. Dans l’ensemble, les hommes apparaissent comme les principaux auteurs de ces violences, toutes formes confondues.

Les conséquences sont multiples et graves. Sur le plan de la santé mentale, les victimes présentent des niveaux élevés de dépression, d’anxiété et de stress, touchant jusqu’à la moitié des travailleurs concernés au Burkina Faso. Sur le plan physique, elles souffrent de douleurs, de fatigue et d’autres troubles. Sur le plan professionnel, ces violences entraînent une perte de confiance, une baisse de motivation et de productivité, ainsi qu’un absentéisme accru. Les espaces de risque dépassent le cadre strict du lieu de travail : les interactions avec le public sont souvent associées à la violence psychologique, les transports publics à la violence physique, et les environnements numériques ou le télétravail au harcèlement sexuel.

Le signalement reste très limité. Plus de 40 % des victimes ne déclarent jamais les faits. Lorsqu’elles le font, elles s’adressent principalement à leur famille ou à leurs amis (75 %), plus rarement à leurs collègues (20 %) et très peu aux structures formelles (5 %). Les femmes signalent davantage que les hommes au Burkina Faso et au Sénégal, mais moins en Côte d’Ivoire. Les raisons du silence sont multiples : perception que les faits ne sont pas assez graves, honte, peur de perdre son emploi, crainte de la stigmatisation et manque de confiance dans l’efficacité des procédures existantes.

Face à ce constat, l’OIT appelle à agir autour de trois axes majeurs. D’abord, adopter une approche inclusive et sensible au genre, notamment par la ratification de la Convention n°190 et l’élargissement de la protection juridique. Ensuite, renforcer la prévention grâce à une culture de tolérance zéro, la sensibilisation et une meilleure coordination entre les acteurs. Enfin, garantir la protection des victimes en mettant en place des mécanismes sûrs de signalement, un accompagnement adapté et un observatoire national dédié.

Emmanuel Akani 


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Eliane ALANGBA

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Titulaire d’une maîtrise d'économie appliquée et d’un DESS option information économique et sociale de l’Université Paris-Dauphine, Eliane ALANGBA a démarré sa carrière en 2005 sur les marchés financiers au sein de BNP Paribas Securities Services à Paris. En 2007, elle rejoint le gro... Lire la suite Voir plus


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